vendredi 6 juin 2008

Les intercontrats : comment les gérer?

S'il y a une chose qui est intrinsèque à la vie de prestataire, c'est l'intercontrat. Il s'agit d'une période plus ou moins longue durant laquelle le cerveau du prestataire n'est pas mis en location faute de client volontaire.

Selon les sociétés de service (ou sociétés de conseil ou SSII etc), la conjoncture économique, la gueule du prestataire et les missions en vue, il y a plusieurs manières de vivre un intercontrat et de le gérer.

Le cas le plus simple est celui d'un temps mort prévu entre deux locations successives du même cerveau. La prestation chez un premier client se termine tel jour mais la mission chez tel autre commence une semaine plus tard.

Un cas un peu plus compliqué est celui d'une mission qui se termine comme prévu sans qu'une suivante ne soit envisagée par la suite.

Enfin, le cas le plus difficile est celui d'une mission qui se termine avant son terme de manière imprévue que ce soit à cause du mécontentement du client ou d'une décision budgétaire indépendante de sa petite volonté.

Alors que fait-on durant son intercontrat sachant qu'on ne rapporte pas un seul kopeck à notre employeur?

Dans un premier temps, votre "manager" vous fait croire qu'il y a beaucoup de travail en interne, que certaines équipes sont débordées et que vous devez donc être présent au sein de l'une d'entre elles au plus tôt.

Dans ce genre de situation, vous vous rendrez compte assez vite que, hormis quelque tâches informatiques, il n'y a pas beaucoup de projets conduits en interne. Bah oui, c'est un métier le bureau d'études et ce n'est pas le leur. Certes, une minorité de boites de prestataires étaient à l'origine de véritables bureaux d'études avant de se réorienter vers la location de cerveaux mais alors, vous réaliserez qu'on ne rentre pas aussi facilement dans un projet en cours. Au final, vous allez vite vous retrouver les bras croisés et votre présence au siège de votre employeur n'est qu'un banal pointage censé justifier votre salaire et elle est de toute façon exigée par votre contrat de travail (la présence auprès du client locataire de cerveau étant considérée comme un déplacement professionnel).

Si vous êtes embauchés par une de ces sociétés, sachez que vous vivrez cette situation à un moment ou à un autre. Quoiqu'il arrive, gardez donc à l'esprit que le paraître est fondamental et que, par conséquent, vous ne devez surtout pas montrer que vous avez les bras croisés au risque de vivre des situations infiniment plus humiliantes.

Les témoignages affluent à ce sujet tant les pratiques des managers n'ont pas la trace d'un scrupule : rédiger un cahier de spécifications que personne n'a jamais demandé, chercher vous même une mission en devenant ainsi votre propre commercial, être présent dans les démarchages et réunions client pour figurer le rôle de l'expert-en-je-sais-pas-quoi et même trier des CV de candidats potentiels à l'embauche.

Le principe, c'est que vous pouvez légalement refuser de faire ce genre de choses car votre fonction est définie par votre contrat qui précise toujours le métier (ingénieur en quelque chose) et le statut (cadre...encore que...). La question est donc celle de la méthodologie pour le faire. Au début de cette chronique, je distinguais trois cas de figure : deux missions qui s'enchaînent avec un temps mort, une mission qui se finit sans qu'une nouvelle ne soit prévue et une mission qui se termine prématurément.

Si vous êtes dans le premier cas, il ne faut surtout pas hésiter à faire votre diva jusqu'au luxe de refuser de venir pointer bêtement tous les matins et de rester chez vous, cela sans ne jamais ployer devant menaces et pressions. Au pire, votre employeur peut vous virer ce qu'il n'aura JAMAIS le courage de faire tant la pression du client-locataire de cerveau est forte. Bien entendu, vous devez exiger que l'intercontrat à la maison se fasse sans prise de congés car si vous faites une concession, vous ne méritez pas d'être une diva.

Dans le deuxième cas, pas de panique non plus. En principe, votre mission précédente a duré plus de trois à six mois donc vous n'êtes plus en période d'essais. Au pire, votre refus de faire des concessions sera le prétexte d'une faute professionnelle valant licenciement avec préavis de trois mois, ce qui est suffisant pour vous trouver un nouveau job au vu de la tendance actuelle de l'emploi. Si la tendance de l'emploi est mauvaise, ayez recours aux prud'hommes pour licenciement abusif. Par contre, il faudra quand même y mettre un peu du votre car vous ne pourrez plus vraiment jouer votre diva. Refusez de prendre des congés mais sans être inflexible. Faites les démarchages clients sans aucune exception pour mieux demander en échange de ne pas venir pointer inutilement tous les matins. Bien évidemment, le risque est que l'intercontrat se prolonge et là, vous passer malgré vous dans le troisième cas car votre employeur ne sait plus quoi faire de vous.

Dans le troisième cas, vous passerez immédiatement au tri de CV sans passer par la case "renforcer un projet conduit en interne". Tout sera fait pour vous pousser à la faute petit à petit donc vous ne pouvez certainement pas imaginer jouer la diva une seule seconde. Le tout est de voir venir pour anticiper : vous n'êtes pas retenu au cours d'un entretien client (sachant que 20 boites concurrentes ont répondu à l'appel d'offre qui demandait 4 ans d'expérience alors que n'en avez que 2), on note vos moindres retards qui vous sont signalés par lettre recommandée (vécu par un de mes anciens collègues), on tente de vous placer dans un job de développeur en C qui vous démotive à mort et surtout on vous culpabilise. Le dernier degré sera de vous proposer une mission à Nice alors que votre manager sait pertinemment que vous vivez en couple à Lille et que vous allez refuser. Nul besoin de dire qu'il en fera le prétexte d'une faute professionnelle.

C'est le cas le plus critique et un plan de réaction est nécessaire.

1/Refuser le sourcing (le tri des CV en novlangue prestataire). Le cas échéant, ce sera considéré comme une faiblesse. Bien sûr, il y a des façons de refuser, choisissez la meilleure quitte à en faire très mal deux jours d'affilés et faire savoir que ce n'est pas votre job.

2/Ne pas paniquer, le droit du travail est avec vous même si la convention syntec est loin d'être la meilleure. Une procédure de licenciement est relativement longue et devrait vous laisser voir venir pour mieux réagir. En effet, les prétextes de licenciement sont généralement abusifs et une menace de traîner votre employeur aux prud’hommes est souvent efficace. Certains d'entre eux réagissent avec une solution amiable : votre démission contre somme d'argent. Un de mes amis a reçu de cette manière six mois de salaire contre démission.

3/Chercher un nouveau job à côté car bien évidemment, sauf à être maso, vous n'avez aucun intérêt à rester.

7 commentaires:

manolito a dit…

très pertinent et drôle pour l'instant ce blog... et surtout criant de vérité.

Fahed a dit…

Salut à tous!

J'trouves que pour les Jeunes Diplômés, c'est très effrayant ce contexte de travail! Surtout quand on est issue d'école d'ingénieur où le travail et la bonne humeur (entente etc..) règne. Une bonne part des JD restent quand même un peu innocent et démunis face à ce genre de pratiques et de "magouilles crapuleuses"... Devoir calculer autant pour survivre alors qu'on ne demande qu'à fournir un travail et être rémunéré...C'est fort quand même! Bientôt la France deviendra une Chine bis ou un de ces pays où l'on pressionne à tout bout de champ, où l'on menace, bref où l'on prend l'être humain pour de la marchandise pour arriver à ses fins... La fin justifie les moyens me direz-vous? Quelle malhonnête devise!

En gros, j'pense que ceux qui sont prestas depuis un bon bout de temps doivent se dire : "Bienvenue dans la dure réalité du monde du travail d'un presta..."

Et moi j'ai envie de leur répondre : "Merci mais je m'en serais bien passé, quitte à passer toute ma vie à étudier avec une bourse de l'enseignement supérieur de 457€/mois!"

STAN a dit…

Bonjour,

je faisais partie d'une grande
société de services (10 000 personnes)
à qui j'ai rapporté de l'argent
mais comme les commerciaux
n'étaient pas très motivés
pour rechercher une mission
sur mon profil atypique selon
eux, et après 7 mois d'interco,
j'ai finalement été licencié à
l'amiable avec une transaction
(le système préféré des SSII
qui détestent les prudhommes).
C'est cool la vie de presta

Anonyme a dit…

Personnellement, en intercontrat pour S_M Industrie, une boîte de presta dans l'industrie (pétrole, etc), j'ai connu le fait de devoir pointer tous les jours pendant 1 mois dans des bureaux vides sans internet, ni téléphone, ni nouvelles de mon "manager", puis ensuite l'étude d'un cahier des charges qui n'a jamais abouti à rien, puis le remplissage d'une base de donnée pour la prospection de clients potentiels. Evidemment, "on est une petite entité, une petite équipe, tout le monde doit mettre la main à la pâte" ...

Anonyme a dit…

Bonjour,
pertinent comme analyse.Je suis presta dans une boite depuis trois ans et en intercontrat .c'est avec plaisir que j'ai lu cet analyse...Bravo!

Martin a dit…

C'est un peu facile de critiquer les SSII et certaines le méritent probablement. Cependant ce n'est pas en ayant des attitudes de diva que l'on instaure une relation de qualité. Je suis en SSII depuis deux ans, et je m'y plais largement plus que mon précédent emploi chez un éditeur de logiciels.

J'ai des missions de qualité, très peu d'intercontrat, rien à redire.

Anonyme a dit…

Bonjour,

Excellente analyse , je m'y retrouve parfaitement.
Actuellement, dans une ssii depuis plus de deux ans. Je suis dans le cas critique.

J'ai terminé une mission en janvier 2010, depuis, on me propose des missions qui n'ont rien à voir avec mon profil, et récemment on me demande de venir aider les assitantes en faisant des relances téléphoniques.

J'ai opté pour la 3éme solution...chercher et trouver rapidement un nouveau boulot!