dimanche 13 juillet 2008

L'intéressant témoignage d'un prestataire

J'aimerais partager avec vous ce témoignage intéressant que j'ai reçu par e-mail :

Je suis aussi ingénieur en électronique employé en SSII. La différence, c'est que j'ai 20 ans de plus que toi. Normalement, je n'aurais rien à faire dans une société de services car, à mon âge, je devrais faire partie de la foule de têtes grises qu'on trouve chez les grands industriels comme Thalès ou Sagem.

Mais, pour mon malheur, les grosses boîtes ne m'ont jamais beaucoup attiré et, pour couronner le tout, il y a quelques années, j'ai décidé de partir à l'étranger. Je suis rentré il y a un an et je me suis aperçu que, dans notre domaine, il était quasiment impossible de trouver un emploi en dehors des sociétés de services.

Je suis employé par une SSII de province. Pendant la négociation de mon contrat, j'avais bien précisé que peu m'importait ma région de retour mais que je ne voulais absolument pas bouger si je me fixais quelque part. On m'avait rassuré : avec mes compétences, on me trouverait toujours une mission pas loin de mon point de chûte. Et, les 4 premiers mois, je fus en effet employé dans la région de mon retour. Après, ça s'est gâté car, en violation flagrante de nos accords verbaux, on m'a envoyé pour 3 mois à 500 Km de mon domicile. J'en suis revenu fin mars 2008.

Je ne m'étais pas méfié. Pour moi, une clause de mobilité avait toujours été une clause accessoire qui ne servait jamais, une clause qu'aucun employeur n'avait jamais fait jouer contre moi. Je n'avais donc pas pensé à verrouiller mon contrat.

Après seulement 2 semaines à travailler à l'agence, ils ont voulu me renvoyer ailleurs, à 3 Heures de route de chez moi, cette fois. J'ai refusé, m'attendant à être licencié pour refus de mobilité. J'avais déjà fourbi mes armes (leur clause de mobilité n'est pas juridiquement valable), mais à ma grande surprise je ne fus pas viré. Au contraire, ils me trouvèrent une autre mission locale. Comme quoi, il suffisait de refuser.

Je suis effrayé de voir dans quel état est l'emploi dans l'ingéniérie électronique en France. Je travaille dans ce domaine depuis 30 ans, dont 17 ans comme ingénieur. J'ai vécu toute la transformation du marché de l'emploi dans notre branche, sauf l'explosion des sociétés de services, car pendant cette période, je ne résidais pas en France. Je dois constater avec effroi qu'il est devenu quasiment impossible de trouver un poste chez un industriel et qu'il faut passer obligatoirement par les SSII. Ces boîtes, créées sans investissement par des margoulins avides de profits rapides, ne sont que des instruments de contournement de la législation et de précarisation de postes autrefois prestigieux et stables.

Car il y a 20 ans, être ingénieur c'était prestigieux et bien payé. C'était presque une charge de notable. A présent, nous ne sommes plus que des OS de luxe, corvéables à merci, échappant largement à la réduction du temps de travail et aux lois protégeant les ouvriers, avec des conditions de travail souvent dignes de ce qui était en vigueur avant le Front Populaire. La seule solution pour nous en sortir serait de nous unir au niveau national et de faire front pour imposer nos conditions aux margoulins et aux industriels que nous avons laissé contourner la loi qui nous protégeait. Car l'ingénieur n'est pas revendicatif par essence. Il se croit encore important et croit que les luttes sont réservées aux ouvriers qu'il méprise plus ou moins ostensiblement. Je suppose que nous n'avons pas encore assez souffert pour nous défaire de cet état d'esprit.

Mais les temps sont peut-être en train de changer. Le papy-boom a raréfié les ingénieurs et des tensions apparaissent sur le marché de l'emploi dans notre domaine. Ca et là, des pénuries apparaissent. Je me suis laissé dire qu'il devenait difficile de trouver des ingénieurs hardware expérimentés dans la région de Toulouse. Et puis il y a l'impressionnante augmentation du nombre d'offres APEC depuis la fin 2005. C'est plutôt rassurant. Encore faut-il que nous ne nous laissions pas faire quand les employeurs nous pressent comme des citrons.

vendredi 11 juillet 2008

235 jours par an ou la fin des 35h pour les cadres

Avec l'introduction des lois Aubry sur la réduction du temps de travail, les cadres travaillant au forfait jour ont bénéficié d'au moins dix jours de RTT/an et parfois plus pour les plus chanceux. Le principe de ces jours de congés supplémentaires était censé compensé le temps de travail annuel pour le ramener à l'équivalent de 35h/semaine.

L'amendement au texte de lois sur "la réforme du temps de travail" voté par nos députés dans la nuit du 7 au 8 juillet risque pourtant de mettre définitivement fin à ces fameuses RTT. Désormais, et sous réserve que l'amendement soit votée par le Sénat, le temps de travail annuel est plafonné à 235 jours par an en cas d'absence d'accord collectif et peut légalement excéder 218 jours.

La borne inférieure de 218 jours était en fait la borne supérieure de jours travaillés jusqu'à présent. En pratique, la majorité des entreprises ont pu négocier un forfait annuel aux alentours de 210 jours, soit 9 (218j/an) à 20 jours (207j/an) de JRTT annuelles.

La borne supérieure de 235 jours correspond à un jour près à 365 - 104 (samedi et dimanche) - 25 (congés payés). En d'autres termes, il est théoriquement possible de travailler les samedi ou les jours feriés.

En pratique, c'est non seulement la fin des 35h mais aussi et surtout une franche augmentation du temps de travail pour des cadres qui en font pourtant assez.

Certes, il est possible de maintenir le statut-quo en cas d'accord mais les patrons ont tout intérêt à saboter à l'avance tout accord pour imposer leurs propres conditions.

Les ingénieurs en SSII étant les moins syndiqués, il est certain que les négociations seront conclues rapidement par un temps de travail à 235j/an à salaire égal. Peut-être les loueurs de cerveaux les plus charitables consentiront-ils une ou deux JRTT mais cela tiendra du fait du prince.

Par ailleurs, n'oublions pas que la convention Syntec a été écrite de sorte à être au minimum du droit du travail. Il ne fait donc point de doute qu'une nouvelle fois, travailler en SSII relèvera du labeur ingrat.