Depuis quelque temps, je songeais à écrire quelque chose sur ce que je croyais au sujet de l'avenir des SSII. Or je crois qu'en la matière, toutes nos certitudes sont devenues dérisoires tant l'impact de la crise financière à laquelle nous assistons aujourd'hui s'annonce comme considérable.
En effet, le modèle économique des principales sociétés d'ingénierie est inhérent à toute une myriade de produits financiers fondés sur l'endettement et gravement désignés aujourd'hui comme responsables de cette crise financière.
La croissance de la plupart des SSII est en général une croissance externe c'est à dire qu'un groupe se forme par l'achat d'une ou plusieurs sociétés de conseil en ingénierie. La constitution de ce type de groupe est financée par un très fort endettement que l'on appelle LBO (Leveraged Buy Out), en français, rachat par effet de levier. En fait, le groupe s'endette très fortement en espérant que cet apport aura un effet sur la rentabilité des entreprises rachetées, c'est à dire que la part relative des bénéfices sur le chiffre d'affaire est plus importante, ce qui permet de verser des dividendes aux actionnaires tout en remboursant la dette.
Or, l'effet attendu sur la rentabilité reste un espoir plus ou moins probable qui s'accompagne donc d'un risque plus ou moins important pour la banque qui prête ces fonds. C'est la tendance forte des banques à prendre des risques inconsidérés qui les place aujourd'hui au bord de la faillite. Il est donc certain que la sortie de cette crise sera marquée par des prêts plus raisonnables allant de paire avec l'abandon de cette économie du risque et de l'endettement.
Il est donc tout aussi certain que cela aura de grosses conséquences sur ce qui fait la nature des SSII, c'est à dire leur modèle économique. On peut donc aujourd'hui se prendre à rêver du retour dans le secteur de sociétés moins agressives car celles qui émergeront demain seront celles qui n'auront pas confondu dette et capital et qui se sont développées sur de véritables valeurs économiques et non des produits financiers.
jeudi 9 octobre 2008
dimanche 5 octobre 2008
La solitude du prestataire
Il y a des centaines de milliers de prestataires en ingénierie en France. La seule convention du Syntec informatique réglementerait le contrat de travail de 200.000 salariés. En y ajoutant tous les salariés exerçant sous d'autres conventions, on pourrait estimer que la profession des prestataires en ingénierie/technologie représente 300.000 à 400.000 salariés soit autant que chez la RATP, la SNCF et EDF réunis.
Pourtant, la mobilisation et l'organisation syndicale de cette branche sont d'une inexistence notoire et autant que j'en sache, les salariés du Syntec et plus généralement les prestataires, ont une influence quasi nulle dans le monde du travail.
En fait, aussi nombreux que nous soyons, nous avons tous le sentiment d'évoluer dans la plus grande solitude. Lorsque le prestataire arrive dans une nouvelle mission, il doit répondre sans arrêt à la question "qui êtes-vous?" à la sécurité pour avoir un badge, au secrétariat pour avoir du matériel de bureau, à l'informatique pour ouvrir un accès au réseau qui sera dépourvu d'internet, au client qui a pourtant payé cher la location de ce cerveau mais aussi aux nouveaux collègues issus de la même société et missionés auprès du même client mais dont il ignorait jusque là l'existence.
De retour dans les locaux de l'employeur, il devra répondre à cette même question, "qui êtes-vous", qui devient alors complètement surréaliste mais tout à fait naturelle en SSII car dès que vous êtes en mission, vous n'existez plus sauf sous la forme d'une facture.
C'est cet anonymat, cette isolation, cette solitude qui font que l'inorganisation syndicale est inhérente à la profession de prestataire en ingénierie. D'un point de vue plus cynique, la solitude du prestataire est donc probablement la plus grande réussite des dirigeants des SSII.
Pourtant, la mobilisation et l'organisation syndicale de cette branche sont d'une inexistence notoire et autant que j'en sache, les salariés du Syntec et plus généralement les prestataires, ont une influence quasi nulle dans le monde du travail.
En fait, aussi nombreux que nous soyons, nous avons tous le sentiment d'évoluer dans la plus grande solitude. Lorsque le prestataire arrive dans une nouvelle mission, il doit répondre sans arrêt à la question "qui êtes-vous?" à la sécurité pour avoir un badge, au secrétariat pour avoir du matériel de bureau, à l'informatique pour ouvrir un accès au réseau qui sera dépourvu d'internet, au client qui a pourtant payé cher la location de ce cerveau mais aussi aux nouveaux collègues issus de la même société et missionés auprès du même client mais dont il ignorait jusque là l'existence.
De retour dans les locaux de l'employeur, il devra répondre à cette même question, "qui êtes-vous", qui devient alors complètement surréaliste mais tout à fait naturelle en SSII car dès que vous êtes en mission, vous n'existez plus sauf sous la forme d'une facture.
C'est cet anonymat, cette isolation, cette solitude qui font que l'inorganisation syndicale est inhérente à la profession de prestataire en ingénierie. D'un point de vue plus cynique, la solitude du prestataire est donc probablement la plus grande réussite des dirigeants des SSII.
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