jeudi 20 novembre 2008

Boites de presta et innovation

Voici un petit billet d'humeur écrit à la volée.

S'il y a bien une chose que j'ai dite et partagée avec de nombreux lecteurs à travers ce blog, c'est que la rapacité, le cynisme, le mensonge, l'exploitation et l'isolement sont les cinq piliers des boites de conseil/presta et/ou SSII. Bref, c'est un mode de gestion qui a banalisé chez les cadres des conditions de travail peu enviables (au vu de l'image que l'on devrait se faire de l'ingénieur et/ou du bac+5). Quelle ne fût donc pas mon étonnement de constater qu'une société comme Ausy avait reçu le label "société innovante" de la part de l'OSEO ANVAR!

Je ne sais pas dans quelle domaine ces gens ont pu innover mais cette labelisation discrédite à coup sûr l'organisme qui l'a attribuée.

PS : Pour les curieux, voici un lien pour savoir qui est OSEO (ANVAR est en fait son ancien nom). Pour résumer à ceux qui ont la flème de cliquer, il s'agit d'un organisme public qui aide les entreprises innovantes avec l'argent de vos impôts. La question, éminement politique, est donc de savoir s'il est acceptable que cet argent soit détourné de la R&D vers les sociétés de conseil?

Extrait du lien : "Le soutien à l'innovation (ex-Anvar) se traduit par une aide publique directe à l'innovation (subvention ou avance de trésorerie à taux 0 remboursable en cas de succès partiel ou total, associée à un accompagnement spécifique et pédagogique des porteurs de projets dans leur démarche) pour des investissements d'avenir via l'innovation (Recherche-Développement, partenariat avec les universités et les laboratoires...) non finançables par les établissements bancaires (marché nouveau, risque trop élevé, jeunes entreprises...), et en conformité avec les règles européennes sur l'utilité des aides d'Etat aux PME dans ce cadre. Cette aide peut prendre en compte jusqu'à 50% des dépenses de R&D retenues, selon le principe du partage de risque avec le porteur de projet (à la hauteur de ses fonds propres)"

lundi 17 novembre 2008

Revue de presse : l'ancien ministre T.Breton nommé à la tête de la SSII Atos Origin

Certes l'actualité économique et financière des SSII et société de conseil en ingénierie n'est pas la préoccupation première de ce blog (encore que j'ai pu le faire) mais c'est pourtant ce que j'aimerais partager avec vous en ce jour où la presse annonce la nomination de l'ancien ministre de l'économie Thierry Breton à la tête de l'une des principales SSII françaises.

Le quotidien Le Monde va au-delà de la nouvelle pour développer les péripéties ayant abouties à cette nomination. Tout y est : chamailleries d'actionnaires, lutte des places au conseil d'administration, coups bas. Il ne manque plus que le projet industriel...


Thierry Breton prend la tête de la société Atos Origin

LE MONDE | 17.11.08 | 13h54 • Mis à jour le 17.11.08 | 13h54

Ex-ministre de l'économie et des finances de février 2005 à mai 2007, Thierry Breton a trouvé un point de chute. Il a été nommé, dimanche 16 novembre, président du directoire de la société de services informatiques Atos Origin. Il remplace Philippe Germond, brutalement congédié.

Cet épisode clôt une longue bataille entre deux fonds spéculatifs américains - Pardus et Centaurus - qui, après s'être invités au capital de l'entreprise, cherchaient à peser sur sa stratégie.

Des scénarios de démantèlement ou de vente d'Atos Origin ont été évoqués pour valoriser leur participation. Les deux fonds se sont aussi lancés dans un bras de fer pour entrer au conseil d'administration de l'entreprise. Ils réclamaient deux représentants au conseil, la révocation du président et des administrateurs indépendants. Des exigences rejetées par la direction qui accusaient Pardus et Centaurus de vouloir prendre le contrôle de la société à bon compte.

Finalement, fin mai, la bataille a tourné à l'avantage des deux fonds. Un représentant de Centaurus, un de Pardus et quatre administrateurs indépendants entraient au conseil de surveillance. Quant à la présidence du conseil, elle était confiée à Jean-Philippe Thierry, président des AGF.

Fin juin, un autre fonds d'investissement, PAI Partners, entrait dans le jeu, présenté alors comme un "chevalier blanc", face à Pardus et Centaurus. Le fonds parisien ne souhaite pas, lui, a priori un démantèlement mais plutôt un développement d'Atos Origin.

Mais les tensions entre Pardus et Centaurus et M. Germond ne s'étaient pas apaisées. Finalement, PAI Partners s'est rallié aux fonds anglo-saxons pour juger que le président du directoire n'était pas l'homme de la situation. Le dernier acte s'est joué le 16 novembre, lors d'un conseil de surveillance avec la nomination de M. Breton à la place de M. Germond.

RETOUR EN FRANCE

Après avoir quitté Bercy en 2007, M. Breton a enseigné pendant un an à la Business School d'Harvard. Mais il souhaitait rentrer en France. Candidat à un poste de direction d'entreprise, son nom avait circulé à plusieurs reprises. Que ce soit pour prendre la tête d'Air France-KLM, de Carrefour ou d'Alcatel-Lucent.

En juillet, il était entré au conseil d'administration de Carrefour. Finalement, l'affaire s'est faite avec Atos Origin. M. Breton renoue avec son parcours dans les technologies de l'information. En 2002, il avait été appelé à la tête de France Télécom alors surendetté, après avoir dirigé Thomson et avoir débuté sa carrière chez Bull. Atos n'est pas en crise, même si l'action a plongé de 45 % ces derniers mois.

Mais l'entreprise qui a renoué avec les bénéfices en 2007, avec un chiffre d'affaires de 5,8 milliards d'euros, est confrontée à la difficulté d'intégration des entreprises acquises et à la moindre internationalisation de ses activités comparé à ses rivaux. Lundi matin à l'ouverture, l'action Atos prenait à la Bourse de Paris 8,40 % à 19,61 euros.


Laurence Girard
Article paru dans l'édition du 18.11.08

samedi 15 novembre 2008

Quitter sa boite : un témoignage instructif

Ce blog a été et est encore l'occasion pour moi d'échanger et de me retrouver avec un certain nombre de confrères dont j'aurais autrement totalement ignoré l'existence. L'intérêt de ces échanges est de réaliser que nous ne sommes pas seuls dans cette condition mais aussi de mesurer à quel point notre métier est conçu de sorte à nous isoler les uns des autres.

J'ai eu de nombreux échanges avec un certain Bob. Aujourd'hui, après avoir eu son autorisation, je voudrais partager avec vous son témoignage qui me paraît aussi édifiant qu'instructif.


Je suis ingénieur dans un domaine industriel autre que l’électronique et l’informatique. Il faut savoir que les boites de presta existent sans pour autant avoir l’étiquette SSII.

J’ai pu également goûter aux joies de la prestation de service que ce soit directement chez le client ou sur un plateau « open space ».

J'ai décroché il y a 3 mois un poste dans une "vraie boite", comme tu le dis dans ton dernier billet et d'ailleurs c'est ce que pas mal de gens faisant partie des boites de presta disent. On va dire que maintenant je suis passé du côté du donneur d'ordre, comme il se dit également.

Pour illustrer, ce que tu dis dans ton dernier billet, il s’est écoulé 6 mois entre la postulation et l'embauche, sachant que j’ai pu raccourcir mon préavis.

Je voudrais ajouter une chose que j'ai remarquée lors de ma récente embauche.

Comme je te disais, maintenant je bosse dans une "vraie boite".

Lors de l'un des multiples entretiens vient, évidement, la question du salaire. Je propose alors un salaire de 15% supérieur à ce que je gagnais à l'époque. Je tiens à préciser que par rapport à d'autres personnes de ma boite, j'avais un salaire dans la moyenne.

Je trouvais ça honnête par rapport à mon expérience, sans forcément abuser d'autant plus que c'était pour un grand groupe.

Lorsque que la proposition d'embauche me fut parvenue, je constatais avec grand plaisir qu’ils m'avaient proposé plus que ce que j'avais demandé, autant te dire que c'était la première fois que cela m'arrivait. Ça s’explique tout simplement par le fait que les grandes boites ont des grilles de salaire, chose qu'il n'y a pas dans les boites de presta.

Tout ça pour dire que dans les boites de presta, il ne faut pas avoir honte de demander un vrai salaire parce qu'ils peuvent très bien les payer. Je conseillerai d'essayer de voir combien chacun est facturé au client et de faire la comparaison avec son salaire, ça pousse à réfléchir...

Quand on est en boite de presta, les seuls salaires de comparaison sont ceux en interne des boites de presta mais cette comparaison est faussée par rapport au marché "réelle".

Ce qui revient à dire qu'en boite de presta, on est exploité car sous payé, ce qui est ignoré dans les vraies boites. D’ailleurs j’ai déjà rencontré des personnes qui pensaient qu’on gagnait mieux quand on était presta…

Je ne sais pas ce qu'il en est dans l’électronique et l’informatique mais dans le mien, j'ai été assez étonné.

Là ou je suis parfaitement d'accord avec toi c'est qu'il faut changer de boite tous les 2-3 ans, ce que j’ai également fait, sinon on stagne dans tous les sens du termes, que ce soit au niveau boulot ou au niveau salaire.

Le problème c'est que beaucoup de personnes que j'ai rencontrées ont peur de changer de boite, les soucis de changement d'environnement, repasser par la case période d'essai renouvelable, je devrais plutôt dire renouvelée automatiquement, déménagement pour certains, etc…

Dans tous les cas, quand ils ont besoin d'une personne, ils se foutent bien du salaire d'embauche même si ils ne le montrent pas forcément, parce qu’il savent bien que la personne va partir au bout de 2-3 ans, mais il est vrai que c'est d'autant plus simple quand on a 5 ans d'expérience plutôt que 2.

Une autre chose qu’il faut savoir, c'est qu'en boite de presta les augmentations sont très rares, c'est pour ça qu'il faut dès le départ essayer d'accrocher un "bon" salaire, parce qu'en boite de presta, quand on a 2% d'augmentation ben il faut s'estimer heureux.

C'était une autre prise de conscience sur le "jeu" des boites à viandes, je ne pensais pas qu'il y avait un fossé aussi grand entre les salaires des prestataires et "vraies boites". C’est pour ça que je suis intimement persuadé qu’il ne faut pas avoir peur de changer de boite assez souvent pour évoluer.

Bob

lundi 3 novembre 2008

Quitter sa boite...

Une particularité des SSII et plus généralement des sociétés de conseil en ingénierie, c'est le "turning over" très important de leurs salariés. Pour une fois, on ne décèle pas de discrimination car le "turning over" concerne toute la hiérarchie du simple cerveau mis en location au directeur d'agence. On peut considérer que 80% des effectifs d'une SSII sont présents depuis moins de cinq ans. Ainsi, dès lors que vous avez mis un pied chez Alten, Altran, Ausy, COFRAMI ou AKKA, vous devez garder à l'esprit que vous en ressortirez très vite et qu'il est donc nécessaire de penser très tôt un scénario de départ.

Le plus mauvais scénario est bien entendu celui d'un départ qui vous est imposé : période d'essai non concluante, licenciement pour faute ou licenciement économique. Le licenciement économique ne nuira pas à votre réputation et ne sera pas une tâche sur votre CV car la santé économique de votre employeur n'est pas de votre responsabilité.

Par contre, il faudra penser à présenter et expliquer pourquoi votre période d'essai n'a pas été concluante dans vos prochains entretiens d'embauche. Comment dirait Dr House, "tout le monde ment" et on pourrait ajouter "surtout dans les SSII", alors n'hésitez pas à romancer la vérité à votre avantage : vous avez été embauché sur profil dans l'attente d'une mission qui n'arrivait pas ou était inadaptée et vous avez pris la décision vous-même de mettre fin à votre période d'essai. Cela vous aura alors conduit à une recherche d'emploi où vous aurez privilégié les sociétés ayant pour cœur d'activité ce qui est justement de votre compétence.

Enfin, si le licenciement vous est imposé pour faute, je ne sais pas quoi vous dire sinon d'anticiper avec votre employeur pour que la raison officielle ne soit pas explicitement écrite et transformer ce licenciement en départ volontaire afin de ne pas laisser de traces.

Ces scénarios de départs imposés suggèrent que, aussitôt entré dans une SSII, vous devez définir vous-même une date de départ avant qu'on ne la choisisse pour vous.

La plupart du temps, il vaut mieux réfléchir sur le nombre de projets sur lesquelles vous aurez été missionés plutôt qu'en temps brut. L'usage montre que vous devriez préparer votre départ après deux, voir trois projets soit de l'ordre de deux ans. En effet, si vous restez trop longtemps, votre progression va saturer (votre employeur, comme toute SSII qui se respecte ira au plus simple en vous faisant faire ce que vous avez déjà fait) et si vous restez trop peu de temps, vous ferez peur à vos éventuels futurs employeurs qui craindront de voir en vous un ingénieur versatile et incapable de se consacrer à un projet. Néanmoins, il n'y a pas de fatalités, ces estimations sont des ordres de grandeur souhaitables mais sachez par exemple que votre auguste blogger a eu cinq employeurs en cinq ans et que son salaire s'est accru de 33% durant la même période.

Par ailleurs, gardez à l'esprit qu'une recherche d'emploi bien définie peut durer jusqu'à six mois et sans doute plus dans ce contexte de crise économique. Il est donc nécessaire de commencer vos recherches d'emploi en tenant compte aussi bien de ce délai que de celui du préavis.

Une dernière chose : ne définissez pas une date de départ sans objectif. Vous risqueriez de quitter votre bonne vieille SSII pour une autre bonne vieille SSII. Quitte à prendre un départ, autant que ce soit un nouveau départ dans une vraie boite.